Archives Journalières: 31/01/2012

[Cinéma] The Descendants

Quel dépaysement  ! Le film d’Alexander Payne nous fait voyager et découvrir l’Amérique d’Hawaï, ses paysages, son métissage, nous fait vivre au rythme lent de la vie dans les îles,  accompagné d’une très belle bande-son de musique locale.

C’est l’histoire d’un homme trompé et quelle bonne idée d’avoir choisi  Georges Clooney pour incarner cet homme, loin de l’image  ”what else”  !  C’est plutôt lui qu’on verrait en mari volage et non pas dans le rôle du “cocufié”. Un homme qui travaille beaucoup et qui semble avoir négligé un peu sa femme et ses enfants. Mais son épouse, après un accident, est dans un coma  irréversible et va mourir. Et ce n’est qu’à ce moment-là qu’il découvre que sa femme avait une liaison.

Le voilà confronté aux problèmes d’éducation de ses filles, l’une qui débute l’adolescence et l’autre qui ne va pas tarder à la quitter, deux filles gâtées flanquées d’un copain abruti ; ces ados n’ont aucun respect ni devant la maladie et la mort, encore moins devant l’autorité.

En même temps il doit gérer un héritage familial, un des derniers  terrains encore libres dans ce paradis terrestre que toute sa  famille veut  transformer en projet immobilier. Pas besoin de grands discours pour nous faire comprendre l’enjeu  - les beaux travelling dans les paysages encore vierges sont éloquents !

Et finalement il fera le choix dans le respect de ses ancêtres, parce que lui aussi vient d’une grande famille métissée qui a su lui donner une éducation et le goût du travail.

N’y a-t-il  pas trop de sujet pour un seul film ? Non, parce que Alexander Payne   réussit à nous faire vraiment rentrer dans cette histoire qui navigue entre le comique de certaines scènes magistralement jouées par Clooney et le tragique de la situation. Nous partageons quelques jours de la vie d’un homme, confronté aux  soucis du quotidien et à un drame exceptionnel, qui ne comprend plus rien, ni ses filles ni sa femme. Lors de la  rencontre avec l’amant,  il se demande  tout comme sa fille (et nous aussi), ce qu’elle  a trouvé à cet être falot. Le choix de Matthew Lillard n’est pas innocent : bellâtre et benêt et en  plus, certains de ses rôles dans les films d’épouvantes, à l’image de “Scream”, lui enlèvent toute crédibilité de mâle conquérant !

De ce fait, l’épouse infidèle est discréditée,  et le mari regagne en respectabilité  !

Petit à petit, la petite famille va se retrouver et resserrer les liens. Et malgré  la déception, la peine et le chagrin, le père et sa fille ainée feront finalement preuve d’une grandeur d’âme qui les conduira au pardon et par là même le mari trompé retrouve une paix intérieure.

Mettons un bémol tout de même : l’insistance de la caméra qui s’attarde souvent et longuement sur le visage de l’agonisante.  Et la scène d’adieu de Clooney à sa femme qui est  certes une très grande  performance d’acteur, mais trop lacrymale. Nous aurions préféré un peu plus de pudeur et de retenu. Et bien sûr, la fin est  très très morale et très américaine, trop américaine. En effet nous avons apprécié que le film ménage, malgré le sujet dramatique, des moments d’humour qui permettent de ne pas tomber dans le pathos mais à la fin le naturel américain revient au galop, beaucoup trop.
 Mais ceci dit, on s’est régalé avec ce film, plutôt film d’auteur, qui n’a pas rassemblé une cohorte de têtes d’affiche américaines ; il offre de nombreux sujets de réflexion dans un cadre inhabituel.